ERRANCES

au OFFTA, festival d’arts vivants

14e édition

un parcours audio

pour participant.e solo

en temps de pandémie

Durée de la marche: 1h

Portez des souliers confortables

La version originale de cette performance se déroulait dans les espaces publics de la Place des Arts, sur son esplanade et dans ses corridors souterrains. Il s’agissait d’un parcours audio guidé par l’artiste en one-on-one avec chaque spectateur-trice, qu’elle tenait par la main. L’écriture s’arrimait avec l’architecture du lieu, la mettait en lumière en y épluchant les différentes couches d’histoires enfouies sous son parquet.

La voix de l’artiste n’était présente que sous forme médiatisée alors que son corps, sa main en particulier, avait une incarnation charnelle, tactile. Des écouteurs-micros binauraux rediffusaient en direct l’environnement sonore, de sorte que la voix enregistrée semblait éthérée, comme si elle flottait dans l’espace ou comme si l’artiste communiquait avec eux par télépathie, sans remuer les lèvres.

La performance se terminait devant le lieu exact du décès du père de l’artiste: un banc sur le parvis intérieur des théâtres Maisonneuve et Duceppe.

crédit photo: Emmanuelle Boileau

Montréal, Tiohtià:ke, printemps 2020

Cette performance, je l’avais imaginée pour partager le processus de deuil qui est souvent vécu de façon solitaire, surtout durant les mois qui suivent les rites funéraires. Depuis plusieurs semaines, notre solitude a pris des proportions jamais imaginées au quotidien, mais encore plus pour les gens endeuillés.

Les gens décèdent de la COVID-19 isolés, parfois sans possibilité de voir et de toucher leurs proches pour une dernière fois, sauf pour leur envoyer la main derrière une fenêtre. Dans certains établissements, on accorde un dernier dix minutes avec les proches. Le compteur tourne, il faut faire ses adieux à la hâte. Après, on aura l’éternité pour se morfondre. La plupart des salons funéraires offrent désormais des cérémonies par vidéo conférence. Dans beaucoup de cas, les funérailles seront reportées, car devant l’impossibilité de se serrer dans les bras, on s’abstient.

Les endeuillé.es sont en quête d’espaces où vivre leur peine.

«Vue aérienne sur la Place des Arts à Montréal», 1968. Montage à partir d’une photo d’archive des fonds Armour Landry, BAnQ

Errer en confinement, ça veut dire se retourner vers l’infini à l’intérieur de soi grâce à la mémoire proprioceptive: se projeter en train de marcher dans un lieu en se fiant à ses souvenirs. Se rappeler le bruit des fontaines, la rumeur des gens qu’il faut frôler pour poursuivre son chemin, la chaleur du soleil qui frappe l’asphalte, le vertige de se tenir en hauteur au-dessus d’une rue passante.

La marche est devenue un luxe, dont nous savourons maintenant le privilège comme si c’était une liberté qui pourrait nous quitter d’un jour à l’autre. Si vous pouvez encore mettre le nez dehors, écoutez cette trame en marchant. 

Choisissez un espace significatif pour vous, un parcours qui activera votre mémoire personnelle. Si possible, choisissez un lieu où vous traînez quand vous voulez penser à vos défunt.es. Peut-être qu’en y superposant la Place des Arts, on va avoir droit à une rencontre entre nos fantômes.

Où que vous soyez dans le monde, si vous ne pouvez pas sortir de la maison à cause de votre confinement, installez vous près d’une fenêtre ouverte ou sur votre balcon. Assurez-vous d’être confortable. Fermez les yeux et projetez vos souvenirs de déambulation. 

«Vue de la Place des Arts à Montréal», 1965. Montage à partir d’une photo d’archive des fonds Armour Landry, BAnQ

J’espère que le récit de mon deuil personnel, de la façon dont il s’est déployé à travers les années, apportera un certain réconfort aux endeuillé.es qui se voient actuellement dans l’impossibilité de vivre leur deuil en communauté. Mon public est, en quelque sorte, une communauté d’endeuillé.es, relié.es à distance par le pèlerinage que je leur propose. 

J’espère aussi que cette expérience leur permettra de se retrouver au coeur de Montréal, de ressentir le battement de ses artères qui se rempliront à nouveau dans un avenir prochain. Cette ville, ma bouée de sauvetage dans le fleuve, mon parent de remplacement; 

j’ai beau y être confinée, elle me manque énormément.

M.B.

CONSIGNES 

Cette trame n’est pas une balado. Il s’agit d’une performance empêchée, comme le sont nos vies en ce moment. En temps normal, je vous aurais guidé.e dans cette expérience, vous m’auriez suivie main dans la main sans trop réfléchir à la direction vers laquelle engager vos pas. 

Pour vous abandonner à l’expérience, voici vos petits devoirs:

Optez pour des endroits qui faciliteront la contemplation, où vous n’aurez pas à croiser trop de gens et à vous soucier de garder vos distances.

Par exemple: des ruelles ou un terrain vague. Un panorama de votre horizon augmenterait l’expérience. Soyez sensibles également au moment de la journée que vous choisissez (soirée, matinée, golden hour, etc).

Suivez le rythme de la performance en vous fiant sur la trame musicale, qui peut vous servir de repère sur la vitesse vers laquelle orienter vos pas.

Dans la trame, je vais vous suggérer quand arrêter et quand repartir en vous disant « on marche » et on « arrête ». Ces moments immobiles vous aideront à absorber le texte et votre environnement.

Si vous perdez le fil, pas de panique, vous reprendrez à la prochaine indication. Et si le hasard fait que vous tombiez devant un banc invitant, suivez votre impulsion: arrêtez vous!

J’ai conservé les moments de silence qui normalement étaient meublés par l’environnement sonore de la Place des Arts, grâce au dispositif d’écouteurs-micros binauraux.

Dans le contexte actuel, la Place des Arts brille par son absence. Permettez-lui de vous habiter lors de ces moments.

3 options pour POURSUIVRE votre expérience

Rendez-vous téléphonique pour une conversation post-performance avec Mélanie (plages limitées):

Prendre rendez-vous

Écrivez à errancespda@gmail.com pour échanger avec elle par écrit.

Envoyez une photographie de votre parcours à cette même adresse,

qui sera publiée sur le compte Instagram errances_offta

«Démolition de bâtiments sur les rues Winning et du Plateau», 1960.  Fonds Florent Charbonneau, Archives de Montréal

«La Place des Arts et son parc adjacent sur la rue Bleury», 1967.  Fonds Armour Landry, BAnQ

Idéation, performance et texte:

Mélanie Binette

Montage et mixage audio:

David Fournier

Studio Mandragore

Support en interprétation:

Maryse Beauchamp

Compositions sonores:

Anette Zénith et Hazy Montagne Mystique

Direction technique pour l’expérience d’origine:

Guillaume Lévesque